Les terres que nous cultivons sont situées sur la commune de Saint Vivien de Médoc, dans une zone de polders, terres gagnées sur l’Estuaire au XVIII et XIXème siècle. Elles sont connues localement sous le nom de « Mattes ».

 

estuaire
l’estuaire derrière la digue au bout de mes terres

Ce sont des terres argilo-limoneuses. L’argile présente est la montmorillonite. Se présentant sous forme de feuillets, elle est capable à la façon d’une éponge de stocker de l’eau pour la restituer aux plantes en période sèche. Cela permet notamment aux agriculteurs de produire du maïs ou du soja sans avoir recours à l’irrigation. Dans les feuillets sont également stockés les éléments nutritifs nécessaires aux cultures. Bien conduites, ce sont des terres très fertiles! Le challenge pour moi est de trouver comment exprimer de tels potentiels en production biologique.

Sur ces terres, il existe deux enjeux essentiels communs à tous les agriculteurs : l’évacuation des eaux de pluie notamment hivernales et la protection vis à vis des eaux saumâtres de l’Estuaire.
L’ensemble de la zone agricole est parcourue de réseaux de fossés et de drains permettant sur ces grandes éténdues quasiment plates l’évacuation des eaux de pluie vers des stations de relevage et des écluses qui les relarguent dans l’Estuaire.
Les terres sont bordées d’une digue maçonnée, véritable rempart contre les eaux de l’Estuaire à marée haute et particulièrement lors des grandes marées. Elles nécessitent une surveillance et un entretien réguliers. La situation devient parfois critique lorsque le coefficient de marée est élevé et que la tempête souffle et pousse la masse d’eau sur la digue …

La succession des cultures sur une même parcelle est primordiale (et obligatoire) en production biologique. Ainsi mes 45 ha sont décfeveroleoupée en 6 parcelles de 6 à 8 hectares. Tous les ans, nous produisons de l’ordre de : 12 ha de blé, 6 ha de « céréales » secondaires (seigle, grand épeautre, sarrasin, engrain, … en fonction des débouchés de l’année), 6 ha de féveroles d’hiver ou de tournesol, et 12 ha de luzerne. Ce qui signifie qu’à l’échelle d’une parcelle après deux années de luzerne, il y aura du blé puis une céréale secondaire puis de la féverole ou du tournesol et enfin du blé avant que ne soit réimplantée de la luzerne.

Féveroles et luzerne sont des légumineuses, plantes capables de capter l’azote atmosphérique et de le stocker au niveau de nodosités racinaires. Lorsque la partie aérienne est récoltée, les racines restent en place et il y a donc un réservoir d’azote pour les cultures suivantes. Le blé, culture gourmande en azote bénéficiera d’une ressource azotée nécessaire à son développement et au bon remplissage des grains.

 

 

 

 

luzerne

La luzerne est fauchée plusieurs fois entre le printemps et la fin de l’été. le foin est valorisée par le troupeau de bovins d’un éleveur voisin. Ces fauches répétées permettent en agriculture biologique de contenir la pression d’adventices récalcitrantes comme les chardons par exemple.

En production de céréales biologiques, il existe à ce jour peu voire pas de solutions de rattrapage en cas de problème en cours de culture.

Tout se joue donc avant, sur du préventif : sur la fertilité du sol, la façon dont la terre aura été préparée, sur la qualité et la densité du semis, sur le choix des variétés.

Du fait de la présence d’une forte proportion d’argile, l’implantation d’un blé se fait toujours après un labour. Si les conditions météorologiques de l’année le permettent, plusieurs passages d’outils à dents seront effectués pour détruire les po
usses d’adventices. Nous choisissons les variétés implantées sur une combinaison de critères : développement végétatif, port du feuillage étalé pour couvrir plus le sol, hauteur de paille pour le pouvoir concurrentiel, résistance aux maladies les plus présentes sur notre secteur, et bien sûr qualité boulangère (mais selon nos critères et non ceux de l’industrie !).

Tous les ans, nous testons de nouvelles variétés qui si elles nous paraissent adaptées à notre contexte pédo-climatique et à nos besoins poIMG_2896ur la transformation sont incorporées à notre mélange de grains qui seront mis en culture l’année suivante.

 

 

La culture du seigle se fait sur les mêmes bases si ce n’est que le seigle est une céréale plus rustique que le blé et qui de ce fait est plus « facile » à réussir. Donc pour le développement de la production biologique, mangeons du seigle! Et avez -vous déjà vu un champ de seigle épié ondoyer sous le vent ?

A la récolte, courant juillet, toutes les céréales sont triées et stockées. Chaque étape demande de la vigilance. Les céréales doivent pouvoir être utilisées au moins jusqu’au mois de septembre de l’année suivante soit pendant 15 mois voire plus. Une fois stockées dans des silos spécifiques, elles seront ventilées avec de l’air ambiant par paliers de température jusqu’à atteindre -aux premières gelées nocturnes- 5°C, température à laquelle les insectes ne se développent plus.